Une certaine idée de la politique
Les questions de politique s’invitent elles aussi dans mes échanges avec les autres. Chacun trouve, dans sa mémoire ou dans son quotidien, un avis, une ...
2025
1/9/20253 min read


Les questions de politique s’invitent elles aussi dans mes échanges avec les autres. Chacun trouve, dans sa mémoire ou dans son quotidien, un avis, une histoire, un ressenti à partager. Les propos oscillent entre défiance, incompréhension et agacement face à ce qui est perçu comme des abus. Le regard est, en outre, très critique envers les personnalités politiques.


Perceptions
J’entends des remarques telles que : « Quand je vois les dirigeants, je me demande s’ils vivent dans le même monde que nous » ou encore « Ils prennent des décisions qui changent nos vies, mais on dirait qu’ils ne comprennent pas ce que c’est que de travailler dur pour payer ses factures. »
La vie politique est bien souvent synonyme de déconnexion avec le quotidien, la réalité. Bien des personnes estiment que les politiques « prétendent comprendre les problèmes », font des promesses et, « quand une crise éclate comme une pandémie, ils ne sont pas à la hauteur ». Selon elles, leurs décisions ne sont pas adaptées aux problèmes de la société. Pour certaines, il ne s’agit que d’un jeu cynique de politiciens qui disent agir pour le bien commun, mais qui servent toujours des intérêts personnels, ne proposant que des solutions rapides pour plaire aux leurs.
Il est très rare, dans ces discours, que le pouvoir politique soit abordé comme l’outil qui permet de protéger les minorités ou de garantir l’égalité entre les individus. Tout ce qui est dit reflète surtout une perte de confiance dans la vie politique.
Le pouvoir politique, tel qu’il ressort au fil de mes entretiens, oscille entre rejet et désillusion. Pour certains, c’est une machine déshumanisée qui écrase les individus ; pour d’autres, une opportunité mal exploitée. Mais sa présence dans les échanges montre qu’il demeure une préoccupation.
Une idée de la politique
Malgré cela, certaines voix portent encore un espoir, fragile mais bien réel. Une interlocutrice m’a confié son désir de reconstruire les choses : « Oui, le pouvoir politique est corrompu, mais on ne peut pas juste baisser les bras. » Elle croit que des initiatives citoyennes peuvent rééquilibrer les forces : « Regarde les associations locales, les collectifs écologiques, ils ont un impact. C’est ça, le vrai pouvoir : faire ensemble. »
Elles évoquent aussi une vie politique qui existe en dehors des institutions. Elle se glisse dans des gestes simples et des initiatives silencieuses. Elles parlent de ces moments où des personnes s’organisent pour créer un jardin, mettre en place des réseaux d’entraide pour soutenir ceux qui vivent seuls, malades ou précarisés, protéger un arbre. Elles se rappellent ces instants où l’on décide ensemble de faire les choses autrement.
Ce n’est pas la politique des plateaux télé, ni celle des grands discours ou des décisions prises loin du terrain. Elle ne se mesure pas en lois ou en budgets, mais en confiance, en solidarité, en gestes qui comptent. Elle apparaît chaque fois que l’on se rend compte que nos actions seules ne suffisent pas.
C’est une manière de ne pas être seul face aux problèmes, de protéger les plus vulnérables, d’agir ensemble, de poser des limites à la violence du monde. On la retrouve dans les rues, dans les jardins, dans les assemblées improvisées.
Ainsi, ces personnes continuent d’imaginer un pouvoir politique capable de réguler l’économie pour éviter les abus, protéger les droits des travailleurs ou préserver l’environnement. Elles se prennent à rêver d’une vie politique qui garantisse davantage l’intérêt collectif. Cependant, dans leurs paroles, il ne s’agit pas seulement d’un rêve ou d’une attente. À travers les actions qu’elles évoquent (s’organiser, entraider, protéger, décider ensemble, participer à la vie associative) elles révèlent, surtout, qu’elles contribuent déjà à construire cette vie politique, comme un contre-pouvoir. Elles ne se situent pas uniquement dans l’espérance d’un changement venu d’en haut : elles en incarnent, à leur échelle, une forme concrète.
Là, dans cette manière de faire exister le politique par leurs pratiques, sans toujours le nommer de la sorte, se loge une force discrète.


Recevez les articles

