De l'indignation

Dans nos sociétés saturées de paroles, de réactions immédiates et visibles, l’indignation est souvent confondue avec...

2026

1/25/20262 min read

Dans nos sociétés saturées de paroles, de réactions immédiates et visibles, l’indignation est souvent confondue avec la colère. On l’imagine bruyante, excessive, incontrôlable. Pourtant, elle est tout autre chose. Elle ressemble davantage à une tension retenue, à un refus calme mais irrévocable. Elle se manifeste lorsque quelque chose, en nous, se tend. Lorsque notre corps comprend, avant même que les mots ne viennent, qu’un seuil a été franchi. Ce n’est pas encore la colère qui éclate. C’est celle qui s’installe.

L’indignation apparaît lorsqu’une situation heurte profondément notre sens de ce qui est juste. Elle ne surgit pas par impulsion, mais par reconnaissance. Quelque chose ne passe plus. Quelque chose ne peut plus être accepté tel quel.

On la rencontre dans des prises de position mesurées mais fermes, dans des gestes de désobéissance tranquille, dans des solidarités qui se mettent en place sans bruit. Elle apparaît aussi dans les communautés qui refusent l’humiliation, même lorsqu’elle devient banale. Elle est présente là où l’on protège les plus exposés sans chercher à désigner un ennemi, là où l’on agit sans se laisser entraîner par la logique de l’affrontement.

L’indignation est souvent silencieuse. Elle se tient dans ce moment précis où l’on choisit de ne pas détourner le regard, de ne pas s’habituer, de ne pas appeler normal ce qui blesse. Elle n’est pas un débordement. Elle est une décision intérieure.

Elle peut prendre la forme d’un arrêt, d’un pas de côté, d’un mot dit avec précision, ou d’un refus tranquille de participer à ce qui abîme. Ce sont des gestes simples, parfois invisibles, mais qui marquent une limite.

Lorsqu’elle devient collective, l’indignation prend la forme d’une conscience partagée. Elle circule entre des personnes qui reconnaissent ensemble qu’une ligne a été franchie. Ce n’est pas une accumulation de cris, mais un accord tacite pour dire : cela ne peut pas continuer ainsi.

Cette indignation collective ne cherche pas la destruction. Elle ne vise pas l’effondrement. Mais elle ne se contente pas non plus de l’adaptation permanente. Elle rappelle qu’il existe des seuils, et qu’à force de les franchir, quelque chose finit par se casser.

Dans les périodes de trouble, cette indignation persistante devient une force de maintien. Elle empêche l’abandon. Elle empêche la résignation. Elle permet de rester debout sans se durcir, de tenir sans se déshumaniser.

Tant qu’elle circule entre les consciences, l’indignation nous rappelle une chose essentielle : refuser l’inacceptable peut toujours se faire sans haine, mais jamais sans courage.