De la poésie comme expression vitale

Dans nos sociétés de rationalité et de vitesse, la poésie est plus qu’une force: elle est vitale. Elle l’est parce qu’elle nous apporte une nourriture...

2022

9/23/20223 min read

Dans nos sociétés de rationalité et de vitesse, la poésie est plus qu’une force: elle est vitale. Elle l’est parce qu’elle nous apporte une nourriture esthétique dont nous avons profondément besoin. Elle nous a souvent été montré dans les livres. Mais elle ne se tient pas seulement dans les livres. Elle prend une infinité de formes, souvent discrètes, souvent inattendues.

Elle peut se trouver dans un silence partagé, dans une joie soudaine, dans un rire qui déborde. C’est ce moment où quelque chose dépasse l’utilité immédiate et touche à l’essentiel. Elle surgit dans notre capacité à écouter le monde qui nous entoure, à nous laisser saisir par sa beauté, celle d’un paysage, celle d’un coucher de pleine-lune sur la mer des Caraïbes... mais aussi par sa ses surprises.

Toutefois, la poésie ne naît pas seulement de ce qui est beau. La violence du monde, sa dureté, sa complexité, ses mystères, ses phénomènes impressionnants participent aussi de cette expérience. Une éruption volcanique, une tornade sont à la fois magnifiques et effrayants. C’est d’ailleurs pour cela que nous regardons, que nous nous laissons émouvoir. Quelque chose, dans ces instants, suspend le cours ordinaire des choses.

On pourrait poursuivre longtemps, mais on peut dire aussi que la poésie est partout où l’attention ralentit. Elle est dans nos manières de regarder, de lire nos réalités, d’en rendre compte. Elle se manifeste lorsque le langage cesse d’être purement fonctionnel, lorsqu’il ne sert plus seulement à faire, à produire, à expliquer. Elle apparaît lorsque le monde n’est plus perçu comme une suite de tâches à accomplir.

Lorsqu’elle est collective, la poésie n’est plus seulement une émotion intime. Elle devient une vibration partagée. On la retrouve dans des chants entonnés ensemble, dans les récits transmis de génération en génération, dans les gestes rituels qui donnent un sens commun au temps qui passe. Elle est présente dans les fêtes populaires, dans les rassemblements où les corps et les voix s’accordent, dans ces moments où l’on sait, où l’on sent que quelque choses se joue au delà des mots.

On l’a souvent observée dans les périodes de résistance ou de reconstruction. Quand les mots officiels ne suffisent plus, d’autres paroles émergent : des slogans porteurs d’espoir, des histoires racontées pour tenir, des chants qui traversent les épreuves. Elle se manifeste chez les groupes qui, malgré les difficultés, continuent de créer, de chanter, de raconter.

La poésie vit aussi dans les langues elles-mêmes, dans les expressions intraduisibles, dans les proverbes transmis sans signature. Ces phrases simples, répétées au fil du temps, portent une sagesse poétique collective. Elles parlent de la nature, du travail, de la patience, de la perte, de la mort, de l’amour. Elles apparaissent dans les veillées, dans les repas partagés, dans les moments où l’on se souvient ensemble.

Elle se retrouve également dans des créations communes : des fresques murales, des spectacles de rue, des célébrations locales. Là, chacun apporte une part infime, et pourtant l’ensemble crée une émotion commune, un sentiment d’appartenance, une respiration collective sans auteur identifié. Elle circule entre les êtres et relie nos expériences.

Qu’elle soit individuelle ou collective, la poésie adoucit les fractures. Elle constitue une forme de résistance face à la vitesse et à la rentabilité qui dominent nos vies. Elle est capable de rassembler là où tout pourrait se disperser. Elle n’est pas là pour embellir le réel, mais pour le rendre habitable et dans ces ces temps particuliers, cela peut nous être bien utile.