Ce qui se dit du collectif

Souvent, dans mes échanges avec d’autres personnes sur les questions de société, un décalage ressort. J’entends un discours sur les effondrements annoncés, des crises qui ...

2025

6/22/20253 min read

Souvent, dans mes échanges avec d’autres personnes sur les questions de société, un décalage ressort. J’entends un discours sur les effondrements annoncés, des crises qui s’accumulent, des diagnostics alarmants répétés en boucle. Un récit saturé d’urgences, de menaces, d’inéluctable. Leurs paroles ne nient pas les difficultés. Elles parlent, elles aussi, de ce qui inquiète, de ce qui fait peur. Cependant, presque toujours, autre chose se glisse dans leurs phrases. Quelque chose de plus discret, de moins spectaculaire. Elles parlent du collectif. Comme une évidence tranquille. J’entends par exemple « Si ça devient aussi dur qu’on le dit, on aura besoin les uns des autres. », « Seul, on ne pourra pas. » Ce ne sont pas des grandes déclarations. Ce sont des phrases dites simplement, presque en passant, mais qui reviennent fréquemment.

Derrière ces mots

À travers ces mots, ce qui se dessine, ce sont des formes de solidarité très concrètes. L’idée que l’on devrait pouvoir compter sur des réseaux d’entraide, que les voisins, les proches, les connaissances, auront un rôle à jouer, que l’on devra faire ensemble ce qu’il sera devenu trop lourd de porter seul.

J’entends aussi, dans leurs propos, le souhait que chacun puisse être davantage impliqué dans les décisions, dans les initiatives locales, dans ce qui se met en place autour de lui. Une attente de participation, de mobilisation, d’action commune. Il est aussi question de liens entre populations et institutions, d’actions coordonnées, de réponses construites à plusieurs. Reviennent souvent les ressources culturelles et spirituelles, comme des appuis invisibles, mais solides, capables de donner de l’énergie morale et de maintenir une cohésion.

Enfin, il y a cette manière de parler de l’avenir. Non pas comme une fatalité, mais comme quelque chose que l’on pourrait encore façonner ensemble. Une forme d’optimisme collectif, parfois discret, mais bien présent.

Ce qui m’interpelle également, c’est que ce collectif, dont ils parlent, ne se limite pas au présent. Chacun rappelle que nous ne sommes pas seuls, que nous venons de quelque part. Que d’autres, avant nous, ont traversé des épreuves. Que nous avons reçu des manières de faire, de penser, de tenir. En fait, le collectif, tel qu’ils l’évoquent, s’inscrit dans une continuité : entre les ancêtres, les vivants et les générations futures.

Face aux crises

À les écouter, le collectif apparaît comme une manière de répondre à des défis qui dépassent largement les capacités individuelles. Il permet, plus que jamais, de mettre en commun des ressources, des compétences, des idées. Il aide à coordonner les efforts, à différentes échelles. Il offre une forme de filet de sécurité qui réduit la vulnérabilité de chacun. Le simple fait de savoir que l’on n’est pas seul dans l’épreuve semble déjà alléger le poids de l’inquiétude. Le collectif, dans leurs paroles, joue aussi un rôle moral et émotionnel. Il soutient, il encourage, il donne la force de continuer lorsque le découragement pourrait s’installer.

À travers leur insistance sur le collectif, elles ne cherchent pas à effacer l’individu. Elles semblent plutôt vouloir rééquilibrer la place de chacun dans un ensemble plus large. Elles rappellent, simplement, combien nous dépendons les uns des autres.

Faire société

Sans le formuler explicitement, ces personnes disent aussi autre chose. Elles laissent entendre que le modèle centré sur l’individu, sur la compétition, sur la réussite personnelle, montre aujourd’hui ses limites. Qu’il isole, fragilise, fragmente. Ce qui ressort est que le collectif n’est pas pour elles une idée abstraite. C’est une manière très concrète d’envisager l’avenir, de se rassurer, de se préparer.

C’est surtout, une manière de rappeler que dans un monde qui met l’individu au centre de tout, notre capacité à nous rassembler reste une ressource essentielle, comme si, parmi nos forces, il y avait tout simplement la capacité à ne pas rester seuls.